BIBLIOTHECA AUGUSTANA

 

Christine de Pizan

vers 1364 - vers 1431

 

L'Avision de Christine

 

La tierce partie

 

__________________________________________________

 

 

 

X

Se plaint Christine

de ieunece

 

Ha foie ionnece aveuglee et variable non cognoiscent les prouffitables et bonnes choses/ qui ne te delictes fors en choses vaines et oyseuses et de nulle vertu/ ne ailleurs appliquer ne te queroies. Et certes voirement qui par toy se gouverne suit la voye de perdicion/ et se aveugle en sa meismes cognoiscence/ tant hair te dois quant ou temps que ie estoye a meismes les .ii. beaulx conduis de philosophie/ Ceste si haultes fontaines tant cleres et saines Et moy comme foie ione trop mignote non obstant que les beaulx ruissiaulx me pleussent ne men emplissoie/ mais tout ainsi comme le fol qui voit luire le cler soleil ne savise de la pluie/ ains cuide que tousiours lui dure nen faisoie compte et a temps cuidoie recouvrer a ce que ie perdoye/ ha fortune quel tresor tu me tolis Tant fis grant dommage a mon entendement quant ne les me laissas durer iusques en laage de plus grant cognoiscence bien ta hardis a nuire meismes a la propriete de mon ame. Car se ores avoye couste moy tel clarte au desir que iay soustraitte de toutes autres occupacions et delis comme de choses vannes donnee entierement a lestude tellement et si largement me empliroie que femme nee puis long temps ne men passa/ helas quant ie avoie coste moy les maistres de science conte dapprendre ne faisoie/ Et ores est le temps venu que mon engin et sentement mendie en desirant ce que par faulte de apprendre ne peut avoir, cest assavoir lart de toy philosophie ma mie science/ ha douice savoureuse chose et enmiellee qui tous autres tresors en valeur precedes comme souveraine/ tant sont eureux ceulx qui a plain tassavourent/ et toutevoye comme de ce ie ne puisse iugier fors a laventure sicomme de chose que a plain ie ne cognoisce neant moins men donne la cognoiscence le tres delictable goust et saveur que ie treuve seulement es petites dependences et parties de sciences comme plus hault ie ne puisse attaindre me fait presumer ou bien de elle a ceulx qui laiment et la savourent et sentent souverain delit. ha enfans et iones se vous saviez le bien qui est ou goust de savoir et le mal et laidure qui gist en ignorance comment se bien avisie estiez petit plaindriez la peine et labour de apprendre/ Ne dit aristote que naturelment lomme savant seigneurist lignorant/ sicomme nous veons lame seigneurir le corps/ et quel chose est plus belle que savoir/ et quel chose est plus laide que ignorance messeant a homme si comme une fois respondis a un homme qui repprouvoit mon desir de savoir disant que il napertient a femme avoir science comme il en soit pou et lui dis que moins apartient a homme ignorance comme il en soit beaucop.