BIBLIOTHECA AUGUSTANA

 

Christine de Pizan

vers 1364 - vers 1431

 

L'Avision de Christine

 

La tierce partie

 

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XII

Le plaisir que Christine

prenoit a lestude

 

Or fu lestat de mon vivre tresmue en autre disposicion/ Mais non pas pour tant changie en mieulx ma male fortune. ains comme dolente du bien et solas de ma vie speculative et solitaire perservera sa malviolence non a ma personne seulement mais en despit de moy a de mes plus prochains laquelle chose ie attribue aux proces de mes adversitez Et te diray comment par me tollir mes bons amis comme tousiours elle soit repugnante a ma prosperite. Ne les a souffers longuement vivre. Il est voir que comme la voix courust ia et meismes entre les princes de lordre et maniere de mon vivre Cest a savoir a lestude/ pour ce que revele leur estoit non obstant lequel celer voulsisse/ leur fis present comme de nouvelles choses quelque petiz et foibles que ilz soient/ de mes volumes de pluseurs matieres lesquieulx de leur grace comme princes benignes et tres humbles les virent voulentiers et recourent a ioye Et plus comme ie tiens pour la chose non usagee que femme escripse comme pieca ne avenist/ que pour dignete qui y soit/ et ainsi furent en peu de heure ventilez et portez mes diz livres en pluseurs pars et pays divers

Environ ce temps comme la fille du roy de france fust mariee au roy richart dangleterre vint par de ša a celle cause un noble conte/ dit de salsbery. Et comme ycellui gracieux chevalier amast dittiez et lui meismes fust gracieux ditteur apres ce quil ot veu des miens dittiez tant me fist prier que ie consenti tout le feisse ie envis que lainsnie de mes fils assez abille et bien chantant enfant de laage de .xiii. ans alast avec lui ou pays dangleterre pour estre avec un sien filz aucques de laage duquel dit conte comme il se portast tant bien et grandement de mon dit enfant et plus promettoit pour le temps avenir. Aux quelles choses croy que il neust failli comme il en eust la poiscence/ vrayement les promesses que faittes men avoit ne furent trouvees mencongieres Mais ce bien ne voult pas celle souffrir longuement qui mains autres maulx ma fais cest assavoir male fortune qui non pas long temps apres procura la dure pestilence ou dit pays dangleterre contre le dit roy richart comme chascun scet. pour la quelle cause apres pour sa grant loyaulte vers son dit droit seigneur fu decolez a grant tort le dessus dit tres bon conte Or fut failli le eur mondain du commencement de mon dit filz assez enfant en temps de grant pestillence hors de son pays par raison dot estre esbahy. Mais que avint il/ le Roy henry qui encores est qui sattribua la couronne/ vit *des dittiez et livres que ie avoye ia plusieurs envoyez comme desireuse de lui faire plaisir au dit conte. Si lui vint a cognoiscence tout ce que il en estoit. Adonc tres ioyeusement prist mon enfant vers lui/ et tint chierement/ et en tres bon estat/ Et de fait par .ii. de ses heraux notables hommes venus par de ca lencastre et faucon roys darmes/ me manda moult a certes priant et promettant du bien largement que par de la alasse. Et comme de ce ie ne fusse en riens temptee considerant les choses comme elles estoyent/ dissimulay tant que mon filx peusse avoir/ disant grant mercis/ et que bien a son commandement estoye/ et a brief parler tant fis a grant peine/ et de mes livres me cousta/ que congie ot mon dit filx de me venir querir par de ca pour mener la qui encore ny vois/ et ainsi reffusay leschoitte de ycelle fortune pour moy et pour lui pource que ie ne puis croire que fin de desloyal viengne a bon terme. Or fus ioyeuse de veoir cil que ie amoye comme mort/ le meust seul filz laissie et .iii. ans sans lui oz este / mais crue fu la charge de ma deppense non a moy aysiee/ car ie doubtay que le grant estat/ ou quel estoit par de la lui donnast vouloir de retourner comme enfant es quieulx consideracion nest grande volentiers se tiennent ad ce que aux yeulx et a leur aise meilleur leur semble. Si lui quis maistre grant et poissant qui de sa grace le retint. Mais comme la petite faculte du jeune enfant pou apparant fust en la multitude des grans de sa court/ tousiours a ma charge convint que son estat fust soustenu sanz de son service tirer aucun fruit Et ainsi me desherita fortune dun de mes bons amis/ et dune de mes esperances. Mais encore depuis pis me fist