BIBLIOTHECA AUGUSTANA

 

Christine de Pizan

vers 1364 - vers 1431

 

L'Avision de Christine

 

La tierce partie

 

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XXVII

Encore de ce mesmes

 

Or trayons au terme de nostre oeuvre ou quel te desir a lutilite de ton sens conduire. Cest assavoir a la conclusion de la vraye felicite ou tu dois tendre/ Comme nous ayons assez monstre par maintes dignes preuves/ que sont fausses felicitez/ combien que la cure des choses mortelles si traye nest mie celle. Ains est celle qui a en soy bien parfait et qui la plus ne puet desirer/ Cest dieu comme dit est car on ne puet penser riens meilleur de lui. Il convient donc que son bien soit parfait car autrement ce dit boece/ et il est vray ne seroit il pas prince des autres biens si avons dit ce dit boece et aussi nous lacordons/ que felicite est bien souverain Et tu vois que homs est beneurez quant il a felicite et felicite si est dieu. Donc est homs dieu quant il a felicite. Car ainsi comme ceulz qui ont droitture sont droitturiers/ Et ceulz qui ont sapience sont sages/ ainsi ceulz qui ont divinite sont dieux et cil qui a felicite est dieu Donc tous beneurez sont dieux/ mais par nature il nest que un dieu/ et par participacion il en est moult/ Et ces paroles sont le propre texte du dit livre de boece en consolacion. Or avons trouvee celle benoitte felicite que desirer devons/ Mais que ferons de ceste benoite felicite nous promet elle riens

Viengne saint gregoire en son omelie et le nous die vez le cy. Se nous considerons bien quelles et comment grans choses nous sont promises es cieulx nous reputerions viles toutes les choses que nous pourrions avoir en terre/ Car toute la substance terrienne comparee a la souveraine felicite nous est plus a charge que a aide/ la vie temporelle comparee a la vie eternele/ est plus mort que vie/ car le deffault de notre cotidiane corrupcion nest mais que une longue prolixite de mort mais qui est ce qui peust raconter ne entendement comprendre. Com grandes sont les ioyes de celle souveraine cite estre tousiours present es compagnies des angelz avec les benois esperis/ estre assistant a la gloire de notre conditeur veoir le visage de dieu/ et la benoite trinite face a face/ Regarder sa lumiere incomprehensible Navoir iamais paour de la mort. Et soy esiouir du don de perpeuite

De celle benoitte trinite un petit parlons pour plus grant ef´icace selon les ditz des sains docteurs/ et en elle vueil que soit terminee ton oeuvre qui te doint grace que ainsi soit a la fin ta vie. mais comment y oseras tu entrer a la mediter toy pouvre miserable creature. Car dit saint augustin ou livre de la trinite que tout lost de pensee humaine nest pas assez fort pour soy fichier en celle excellente lumiere perdurable se elle nest bien purgee par iustice de foy mais que plus soubtilment ie ten declairasse nest neccessite

Car dit saint augustin ou susdit livre que len ne puet plus perilleusement ailleurs errer ne len ne puet riens plus labourieusement querir ne len ne puet riens plus proffitablement trouver que la benoite trinite du pere et du filz et du saint esperit en unite de essence divine.

Mais de ce dit il li meismes ou livre des parolles de notre seigneur parlant contre arrian. Nous veons dist il le soleil ou ciel courant luisant et chault/ Aussi ces .iii. choses a le feu mouvement/ lueur/ et chaleur, se tu puez doncques dist il se tu puez doncques dist il faulx arrian devise lune qualite de lautre ou soleil ou ou feu Et puis si devise la trinite

Et pour ce comme dit saint bernart/ en un sermon/ trop enquerir de la benoitte trinite cest perverse curiosite/ fermement croire et tenir/ de la trinite ainsi que tient leglise/ et la foy catholique cest seurete

Il est ce dit encore saint augustin en un sermon pluseurs trinitez. cest assavoir qui nous a fait la trinite qui nous deffait/ la trinite qui nous reffait/ la trinite qui nous a fait cest la trinite pardurable/ le pere le filz et le saint esperit/ la trinite qui nous deffait/ cest une trinite miserable/ quelle est elle/ cest non poissance ignorance et concupiscence Et par ceste trinite miserable est deffaitte notre trinite raisonnable Cest assavoir memoire entendement et volente. Car quant notre ame se dechiet de la trinite pardurable/ la memoire chiet en non poissance/ lentendement en ignorance/ la volente en concupiscence/ la trinite qui nous reffait cest une trinite proffitable/ foy/ esperance charite/ foy des articles des commandemens et des sacremens/ esperance de pardon de grace et de gloire/ charite de pur cuer de bonne conscience/ et de foy non pas fainte

Mais veoir la benoitte trinite ainsi que elle est/ Cest la vraye felicite seule et souveraine/ et non autre ou doit estre le terme et fin du desir de toute humaine creature/ a la quelle felicite te vueille conduire celle benoite trinite un seul dieu regnant ou siecle des siecles amen.