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Thomas d'Angleterre
Tristan et Yseut
 


 






 




Le philtre.
Mariage de Marc et d'Yseut

(Fragment du manuscrit de Carlisle)
Texte établie par Ian Short
© Gallimard, Paris 1995


_______________


[...]
. . . . . . . . segré [së]ue
. . . . . . . . le si perceit
. . . . . . . . quer cil l'adeseit
. . . . . . . . pur conforter
5
. . . . . . . . sei i ad en la mer
. . . . . . . . dont li receile
«. . . . . . . . e fu merveille
. . . . . . . . ne vus ocis
. . . . . . . . laschesce ne fis
10
. . . . . . . . [m]on [on]cle vengé [ëu]sse
. . . . . . . . sy idonc sëusse
. . . . . . . . [fu]stes mort
. . . . . . . . qui me freit confort
. . . . . . . . la dolur
15
. . . . . . . . sicom par s'amur
. . . . . . . . p[er]du sa vie
. . . . . . . . y sereie garie
. . . . . . . . et pus vivre
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . ëusse crïé
20
. . . . . . . . kant . . . [ein]te
. . . . . . . . seinte
. . . . . . . . [en] cest fol corage.»
. . . . . . . . teint el visage
. . . . . . . . la colur
25
. . . . . . . . fere d'amur
. . . . . . . . prise e plaisee
. . . . . . . . [e]st apuiee
. . . . . . . . cum li estut
. . . . . . . . merveille [nJe fut
30
«. . . . . . . . gr[a]sse me vient
. . . . . . . . er si me tient
. . . . . . . . [d]elitier le cuer
. . . . . . . . e en la mer
. . . . . . . . sse que fut l'amer
35
. . . . . . . . t si amer
. . . . . . . . je me mettreie
. . e s. . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cum bien crëus[tesJ vus, amis.
Si vus ne f[u]ss[e]z, ja ne fusse
40
Ne de l'amer rien [ne] sëusse.
Merveille est k'om la mer ne het
Qui si amer mal en mer set,
E qui l'anguisse est si amere!
Si je une foiz fors en ere,
45
Ja n['i] enteroie, ce quit.»
Tristran ad noté [ch]escun dit,
Mes el l'ad issi forsvëé
Par «l'amer» que ele ad tant changé
Que ne set si cele dolur
50
Ad de la mer ou de l'amur,
Ou s'el dit «amer» de «la mer»
Ou pur «l'amur» dïet «amer».
Pur la dotance quë il sent,
Demande si l'a[mur li] pr[en]t
55
Ou si ja grante ou s'el s'[a]st[ient].
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«Par tant q[u'e]l voir le . . . te,
Car deus mals i put l'en se[n]tir,
L'un d'amer, l'autre de puïr.»
Ysolt dit: «[C]el mal que je sent
60
Est amer, mes ne put nïent:
Mon quer angoisse e pres le tient.
E tel amer de la mer vient:
Prist puis que [je çäen]z entray.»
Tristran respont: «Autretel ay:
65
Ly miens mals est del vostre estrait.
L'anguisse mon quer amer fait,
Si ne sent pas le mal amer;
N'il ne revient pas de la mer
Mes d'amer ay ceste dolur,
70
E en la mer m'est pris l'amur.
Assez en ay or dit a sage.»
Qant Ysolt ente[nt] son corage,
Molt est lie[e] de l'a[vent]ure.
[Entr'e]ls i ad [mainte emveisure],
75
Car ambedeus sunt en espeir:
Dïent lur bon e lur voleir,
Baisent, enveisent e acolent.
A Branguain de l'amur parolent:
Tant ly promettent, tant li dïent
80
Que par fïance s'entrelïent,
E ele lur voleir consent.
Tuz lur bons font priv[ë]ement
E lur joië e lur deduit,
Quant il pöent e j[u]r e nuit.

85
[D]elitablë est le deport
Qui de sa dolur ad confort,
Car c[ë] est custome d'amur
De joie aveir aprés dolur.
Pus qu[ë] il se sunt descovert,
90
Qui plus s'astient e plus i pert.
Vont s'en a joie li amant
La haute mer a plein siglant
Vers Engleterrë a plein tref.
Tere ont vëu cil de la nef;
95
Il en sunt tu[it] lié e joius
Fors sul Tristran l[i] amerous,
Car s'il alast par son voleir,
Grant tens ne la vousist vëe[i]r;
Mielz en ama[s]t Ysolt en mer,
100
Ses enveisures demener.
Vers la terre vont nequedent:
A la wëue de la gent
La nef Tristran est con[ë]ue.
Ainz que el seit a terre venue
105
Est esmëu un damoisel
Vers le rey sur cheval ignel;
En bois le trove si li dit
Que la nef Tristran ariver vit.

[Q]uant li reis l'ot, molt lié se vait.
110
Del damoysel chevaler fait
Pur ce qu'il li dit la novele
De Tristran e [d]e la pucele.
Encontre vie[n]t tresqu'el rivage,
Pus mande pur tut son barnage.
115
Ysolt devant a[menant vait]
E quanque estut pur ho[nur fait];
Esposé l'ad par grant [baldur],
E deduient soi tut [le jur].
Ysolt esteit de gran[t saveir],
120
Es chambres vient [cuntre le seir];
Dan Tristran la tien[t par la main].
A conseil apelent Br[anguain]:
Tendrement plor[e Ysolt e prie]
Que cele nuit ly fac[e aïe]
125
Vers le rey en lu [de reïne]
Pur ce qu'il la siet a [meschine]
N[ë] ele n'est mie p[ucele].
Tant enchanten[t la dameisele]
E prïent e font s[erement]
130
Que la requeste lur [consent].

[B]ranguain s'ap[areille e äurne],
Cum reine fust [sei aturne];
Pur sa dame [met sei el lit],
E la reïne [vest l'abit].
135
Markes est une . . . . . . . . . . . . . . .
D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tristran ad les cirges [esteint];
Cil prent Brangu[ain, a li l'estreint]
E son pucelage [li tolt].
140
En molt grant angu[isse est Ysolt]:
Quide que la veill[e traïr]
E vers le rey de[scoverir],
Que tant li plaisen[t li delit]
Que guerpir ne v[oldra le lit]
145
Molt est pres d'ilue[c en aguait].
Qant li reis ot [tut sun bon fait],
Branguain est del [lit sus levee],
E la reïne i es[t entree].
Aprés le vin o[vec li jut]
150
Issi k'onques ne [s'aparçut]
Quë autre fut [de la premiere];
Trove la de [bele maniere]
Si li mostre [molt grant amur],
Si grant joie, [si grant dulçur]
[...]
 
 
 
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