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- Le philtre.
Mariage de Marc et d'Yseut
(Fragment du manuscrit de Carlisle)
Texte établie par Ian Short
© Gallimard, Paris 1995
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. . . . . . . . segré [së]ue
. . . . . . . . le si perceit
. . . . . . . . quer cil l'adeseit
. . . . . . . . pur conforter
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- . . . . . . . . sei i ad en la mer
. . . . . . . . dont li receile
«. . . . . . . . e fu merveille
. . . . . . . . ne vus ocis
. . . . . . . . laschesce ne fis
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- . . . . . . . . [m]on [on]cle vengé [ëu]sse
. . . . . . . . sy idonc sëusse
. . . . . . . . [fu]stes mort
. . . . . . . . qui me freit confort
. . . . . . . . la dolur
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- . . . . . . . . sicom par s'amur
. . . . . . . . p[er]du sa vie
. . . . . . . . y sereie garie
. . . . . . . . et pus vivre
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . ëusse crïé
- 20
- . . . . . . . . kant . . . [ein]te
. . . . . . . . seinte
. . . . . . . . [en] cest fol corage.»
. . . . . . . . teint el visage
. . . . . . . . la colur
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- . . . . . . . . fere d'amur
. . . . . . . . prise e plaisee
. . . . . . . . [e]st apuiee
. . . . . . . . cum li estut
. . . . . . . . merveille [nJe fut
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- «. . . . . . . . gr[a]sse me vient
. . . . . . . . er si me tient
. . . . . . . . [d]elitier le cuer
. . . . . . . . e en la mer
. . . . . . . . sse que fut l'amer
- 35
- . . . . . . . . t si amer
. . . . . . . . je me mettreie
. . e s. . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Cum bien crëus[tesJ vus, amis.
Si vus ne f[u]ss[e]z, ja ne fusse
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- Ne de l'amer rien [ne] sëusse.
Merveille est k'om la mer ne het
Qui si amer mal en mer set,
E qui l'anguisse est si amere!
Si je une foiz fors en ere,
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- Ja n['i] enteroie, ce quit.»
Tristran ad noté [ch]escun dit,
Mes el l'ad issi forsvëé
Par «l'amer» que ele ad tant changé
Que ne set si cele dolur
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- Ad de la mer ou de l'amur,
Ou s'el dit «amer» de «la mer»
Ou pur «l'amur» dïet «amer».
Pur la dotance quë il sent,
Demande si l'a[mur li] pr[en]t
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- Ou si ja grante ou s'el s'[a]st[ient].
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
«Par tant q[u'e]l voir le . . . te,
Car deus mals i put l'en se[n]tir,
L'un d'amer, l'autre de puïr.»
Ysolt dit: «[C]el mal que je sent
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- Est amer, mes ne put nïent:
Mon quer angoisse e pres le tient.
E tel amer de la mer vient:
Prist puis que [je çäen]z entray.»
Tristran respont: «Autretel ay:
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- Ly miens mals est del vostre estrait.
L'anguisse mon quer amer fait,
Si ne sent pas le mal amer;
N'il ne revient pas de la mer
Mes d'amer ay ceste dolur,
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- E en la mer m'est pris l'amur.
Assez en ay or dit a sage.»
Qant Ysolt ente[nt] son corage,
Molt est lie[e] de l'a[vent]ure.
[Entr'e]ls i ad [mainte emveisure],
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- Car ambedeus sunt en espeir:
Dïent lur bon e lur voleir,
Baisent, enveisent e acolent.
A Branguain de l'amur parolent:
Tant ly promettent, tant li dïent
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- Que par fïance s'entrelïent,
E ele lur voleir consent.
Tuz lur bons font priv[ë]ement
E lur joië e lur deduit,
Quant il pöent e j[u]r e nuit.
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- [D]elitablë est le deport
Qui de sa dolur ad confort,
Car c[ë] est custome d'amur
De joie aveir aprés dolur.
Pus qu[ë] il se sunt descovert,
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- Qui plus s'astient e plus i pert.
Vont s'en a joie li amant
La haute mer a plein siglant
Vers Engleterrë a plein tref.
Tere ont vëu cil de la nef;
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- Il en sunt tu[it] lié e joius
Fors sul Tristran l[i] amerous,
Car s'il alast par son voleir,
Grant tens ne la vousist vëe[i]r;
Mielz en ama[s]t Ysolt en mer,
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- Ses enveisures demener.
Vers la terre vont nequedent:
A la wëue de la gent
La nef Tristran est con[ë]ue.
Ainz que el seit a terre venue
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- Est esmëu un damoisel
Vers le rey sur cheval ignel;
En bois le trove si li dit
Que la nef Tristran ariver vit.
[Q]uant li reis l'ot, molt lié se vait.
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- Del damoysel chevaler fait
Pur ce qu'il li dit la novele
De Tristran e [d]e la pucele.
Encontre vie[n]t tresqu'el rivage,
Pus mande pur tut son barnage.
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- Ysolt devant a[menant vait]
E quanque estut pur ho[nur fait];
Esposé l'ad par grant [baldur],
E deduient soi tut [le jur].
Ysolt esteit de gran[t saveir],
- 120
- Es chambres vient [cuntre le seir];
Dan Tristran la tien[t par la main].
A conseil apelent Br[anguain]:
Tendrement plor[e Ysolt e prie]
Que cele nuit ly fac[e aïe]
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- Vers le rey en lu [de reïne]
Pur ce qu'il la siet a [meschine]
N[ë] ele n'est mie p[ucele].
Tant enchanten[t la dameisele]
E prïent e font s[erement]
- 130
- Que la requeste lur [consent].
[B]ranguain s'ap[areille e äurne],
Cum reine fust [sei aturne];
Pur sa dame [met sei el lit],
E la reïne [vest l'abit].
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- Markes est une . . . . . . . . . . . . . . .
D . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tristran ad les cirges [esteint];
Cil prent Brangu[ain, a li l'estreint]
E son pucelage [li tolt].
- 140
- En molt grant angu[isse est Ysolt]:
Quide que la veill[e traïr]
E vers le rey de[scoverir],
Que tant li plaisen[t li delit]
Que guerpir ne v[oldra le lit]
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- Molt est pres d'ilue[c en aguait].
Qant li reis ot [tut sun bon fait],
Branguain est del [lit sus levee],
E la reïne i es[t entree].
Aprés le vin o[vec li jut]
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- Issi k'onques ne [s'aparçut]
Quë autre fut [de la premiere];
Trove la de [bele maniere]
Si li mostre [molt grant amur],
Si grant joie, [si grant dulçur]
[...]
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