BIBLIOTHECA AUGUSTANA

 

Guillaume Marcoureau, dit Brécourt

1638 -1685

 

L'Ombre de Molière

 

Paris, 1674

 

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[33]

SCENE IV.

 

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MOLIERE, CARON, PLUTON, RADAMANTE, MINOS.

 

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CARON.

J

E n'y puis plus tenir. Jamais il ne s'est veu tant d'Ombres en un jour; & la Porte va rompre, si vous n'y donnez ordre.

TOUTES LES AMES.

Caron . . .

CARON.

Entendez-vous comme on m'appelle? Dés qu'ils ont veu [34] que je faisois entrer cette Ombre, ils ont pensé me devorer.

TOUTES LES AMES.

Caron . . .

CARON.

On y va. Ordonnez donc ce que vous voulez que je laisse entrer?

TOUTES LES AMES.

Caron . . .

PLUTON.

Hé patience. Qui sont-ils tous ces gens-là?

CARON.

Ce sont des Prétieuses, des Bourgeoises, des Marquis ridicules, des Femmes Sçavantes, des Avares, des Hypocrites [35], des Jaloux, des Cocus, & des Medecins.

PLUTON.

En voila trop pour un jour: qu'il n'en vienne qu'une partie.

CARON.

J'oubliois encore un Limousin, dont l'esprit est assez matériel pour servir de Corps en un besoin.

PLUTON.

Fais-les entrer selon le rang qu'ils auront à la Porte. Radamante, prens le Rôle pour écrire le nom des Complaignans. Çà, qui est celle-cy?