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B  I  B  L  I  O  T  H  E  C  A    A  U  G  U  S  T  A  N  A
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  Jean Racine
1639 - 1699

 
 
   
   



P h è d r e
[ e t   H i p p o l y t e ]


A c t e   I V

________________________________________


S c n e   p r e m i è r e .
Thésée, Oenone.


T h é s é e .
Ah ! Qu' est-ce que j' entends ? Un Traître, un Téméraire
Préparoit cet outrage à l' honneur de son Père ?
Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis !
Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis.
1005
Ô tendresse ! Ô bonté trop mal récompensée !
Projet audacieux ! Détestable pensée !
Pour parvenir au but de ses noires amours
L' insolent de la force empruntoit le secours.
J' ai reconnu le fer, instrument de sa rage;
1010
Ce fer dont je l' armai pour un plus noble usage.
Tous les liens du sang n' ont pu le retenir ?
Et Phèdre différoit à le faire punir ?
Le silence de Phèdre épargnoit le Coupable ?

O e n o n e .
Phèdre épargnoit plutôt un Père déplorable.
1015
Honteuse du dessein d' un Amant furieux,
Et du feu criminel qu' il a pris dans ses yeux,
Phèdre mouroit, Seigneur, et sa main meurtrière
Éteignoit de ses yeux l' innocente lumière.
J' ai vu lever le bras, j' ai couru la sauver.
1020
Moi seule à votre amour j' ai su la conserver.
Et plaignant à la fois son trouble et vos alarmes,
J' ai servi malgré moi d' interprète à ses larmes.

T h é s é e .
Le perfide ! Il n' a pu s' empêcher de pâlir.
De crainte en m' abordant je l' ai vu tressaillir.
1025
Je me suis étonné de son peu d' allégresse.
Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse.
Mais ce coupable amour dont il est dévoré,
Dans Athènes déjà s' étoit-il déclaré ?

O e n o n e .
Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la Reine.
1030
Un amour criminel causa toute sa haine.

T h é s é e .
Et ce feu dans Trézène a donc recommencé ?

O e n o n e .
Je vous ai dit, Seigneur, tout ce qui s' est passé.
C' est trop laisser la Reine à sa douleur mortelle.
Souffrez que je vous quitte et me range auprès d' elle.


S c n e   I I .
Thésée, Hippolyte.


T h é s é e .
1035
Ah ! le voici. Grands Dieux ! À ce noble maintien
Quel oeil ne seroit pas trompé comme le mien ?
Faut-il que sur le front d' un profane Adultère
Brille de la Vertu le sacré caractère ?
Et ne devroit-on pas à des signes certains
1040
Reconnoître le coeur des perfides humains ?

H i p p o l y t e .
Puis-je vous demander quel funeste nuage,
Seigneur, a pu troubler votre auguste visage ?
N' osez-vous confier ce secret à ma foi ?

T h é s é e .
Perfide, oses-tu bien te montrer devant moi ?
1045
Monstre, qu' a trop longtemps épargné le tonnerre,
Reste impur des Brigands dont j' ai purgé la Terre.
Après que le transport d' un amour plein d' horreur
Jusqu' au lit de ton Père a porté sa fureur,
Tu m' oses présenter une Tête ennemie,
1050
Tu parois dans des lieux pleins de ton infamie,
Et ne vas pas chercher sous un Ciel inconnu
Des Pays où mon nom ne soit point parvenu.
Fuis, Traître. Ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine.
1055
C' est bien assez pour moi de l' opprobre éternel
D' avoir pu mettre au jour un Fils si criminel,
Sans que ta mort encor honteuse à ma Mémoire,
De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.
Fuis. Et si tu ne veux qu' un châtiment soudain
1060
T' ajoute aux Scélérats qu' a punis cette main,
Prends garde que jamais l' Astre qui nous éclaire
Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
Fuis, dis-je, et sans retour précipitant tes pas,
De ton horrible aspect purge tous mes États.
1065
     Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage
D' infâmes Assassins nettoya ton rivage,
Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux,
Tu promis d' exaucer le premier de mes voeux.
Dans les longues rigueurs d' une prison cruelle
1070
Je n' ai point imploré ta puissance immortelle.
Avare du secours que j' attends de tes soins
Mes voeux t' ont réservé pour de plus grands besoins.
Je t' implore aujourd' hui. Venge un malheureux Père.
J' abandonne ce Traître à toute ta colère.
1075
Étouffe dans son sang ses desirs effrontés.
Thésée à tes fureurs connoîtra tes bontés.

H i p p o l y t e .
D' un amour criminel Phèdre accuse Hippolyte !
Un tel excès d' horreur rend mon âme interdite,
Tant de coups imprévus m' accablent à la fois
1080
Qu' ils m' ôtent la parole, et m' étouffent la voix.

T h é s é e .
Traître, tu prétendois qu' en un lâche silence
Phèdre enseveliroit ta brutale insolence.
Il falloit, en fuyant ne pas abandonner
Le fer, qui dans ses mains aide à te condamner.
1085
Ou plutôt il falloit comblant ta perfidie,
Lui ravir tout d' un coup la parole et la vie.

H i p p o l y t e .
D' un mensonge si noir justement irrité,
Je devrois faire ici parler la Vérité,
Seigneur. Mais je supprime un secret qui vous touche.
1090
Approuvez le respect qui me ferme la bouche ;
Et sans vouloir vous-même augmenter vos ennuis,
Examinez ma vie, et songez qui je suis.
Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes.
Quiconque a pu franchir les bornes légitimes
1095
Peut violer enfin les droits les plus sacrés.
Ainsi que la Vertu, le Crime a ses degrés ;
Et jamais on n' a vu la timide Innocence
Passer subitement à l' extrême licence.
Un jour seul ne fait point d' un Mortel vertueux
1100
Un perfide Assassin, un lâche Incestueux.
Élevé dans le sein d' une chaste Héroïne
Je n' ai point de son sang démenti l' origine.
Pitthée, estimé sage entre tous les humains
Daigna m' instruire encore au sortir de ses mains.
1105
Je ne veux point me peindre avec trop d' avantage.
Mais si quelque vertu m' est tombée en partage,
Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater
La haine des forfaits qu' on ose m' imputer.
C' est par là qu' Hippolyte est connu dans la Grèce.
1110
J' ai poussé la vertu jusques à la rudesse.
On sait de mes chagrins l' inflexible rigueur.
Le jour n' est pas plus pur que le fond de mon coeur.
Et l' on veut qu' Hippolyte, épris d' un feu profane...

T h é s é e .
Oui, c' est ce même orgueil, Lâche, qui te condamne.
1115
Je vois de tes froideurs le principe odieux.
Phèdre seule charmoit tes impudiques yeux.
Et pour tout autre objet ton âme indifférente
Dédaignoit de brûler d' une flamme innocente.

H i p p o l y t e .
Non, mon Père, ce coeur, c' est trop vous le celer,
1120
N' a point d' un chaste amour dédaigné de brûler.
Je confesse à vos pieds ma véritable offense.
J' aime ; j' aime, il est vrai, malgré votre défense.
Aricie à ses lois tient mes voeux asservis.
La Fille de Pallante a vaincu votre Fils.
1125
Je l' adore, et mon âme, à vos ordres rebelle
Ne peut ni soupirer ni brûler que pour elle.

T h é s é e .
Tu l' aimes ? Ciel ! Mais non, l' artifice est grossier.
Tu te feins criminel pour te justifier.

H i p p o l y t e .
Seigneur, depuis six mois je l' évite, et je l' aime.
1130
Je venois en tremblant vous le dire à vous-même.
Hé quoi ? De votre erreur rien ne vous peut tirer ?
Par quel affreux serment faut-il vous rassurer ?
Que la Terre, le Ciel, que toute la Nature...

T h é s é e .
Toujours les Scélérats ont recours au parjure.
1135
Cesse, cesse, et m' épargne un importun discours,
Si ta fausse vertu n' a point d' autre secours.

H i p p o l y t e .
Elle vous paroît fausse, et pleine d' artifice.
Phèdre au fond de son coeur me rend plus de justice.

T h é s é e .
Ah ! Que ton impudence excite mon courroux !

H i p p o l y t e .
1140
Quel temps à mon exil, quel lieu prescrivez-vous ?

T h é s é e .
Fusses-tu par delà les Colonnes d' Alcide,
Je me croirois encor trop voisin d' un Perfide.

H i p p o l y t e .
Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez,
Quels Amis me plaindront quand vous m' abandonnez ?

T h é s é e .
1145
Va chercher des Amis dont l' estime funeste
Honore l' adultère, applaudisse à l' inceste,
Des Traîtres, des Ingrats, sans honneur et sans loi,
Dignes de protéger un méchant tel que toi.

H i p p o l y t e .
Vous me parlez toujours d' inceste et d' adultère ?
1150
Je me tais. Cependant Phèdre sort d' une Mère,
Phèdre est d' un sang, Seigneur, vous le savez trop bien,
De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.

T h é s é e .
Quoi ! ta rage à mes yeux perd toute retenue ?
Pour la dernière fois, ôte-toi de ma vue :
1155
Sors, Traître. N' attends pas qu' un Père furieux
Te fasse avec opprobre arracher de ces lieux.


S c n e   I I I .

T h é s é e ,  seul.
Misérable, tu cours à ta perte infaillible.
Neptune, par le Fleuve aux Dieux mêmes terrible,
M' a donné sa parole, et va l' exécuter.
1160
Un Dieu vengeur te suit, tu ne peux l' éviter.
Je t' aimois. Et je sens que malgré ton offense
Mes entrailles pour toi se troublent par avance.
Mais à te condamner tu m' as trop engagé.
Jamais Père en effet fut-il plus outragé ?
1165
Justes Dieux, qui voyez la douleur qui m' accable,
Ai-je pu mettre au jour un Enfant si coupable ?


S c n e   I V .
Phèdre, Thésée.


P h è d r e .
Seigneur, je viens à vous pleine d' un juste effroi.
Votre voix redoutable a passé jusqu' à moi.
Je crains qu' un prompt effet n' ait suivi la menace.
1170
S' il en est temps encore, épargnez votre Race,
Respectez votre sang, j' ose vous en prier.
Sauvez-moi de l' horreur de l' entendre crier.
Ne me préparez point la douleur éternelle
De l' avoir fait répandre à la main paternelle.

T h é s é e .
1175
Non, Madame, en mon sang ma main n' a point trempé.
Mais l' Ingrat toutefois ne m' est point échappé.
Une immortelle main de sa perte est chargée.
Neptune me la doit, et vous serez vengée.

P h è d r e .
Neptune vous la doit ! Quoi vos voeux irrités...

T h é s é e .
1180
Quoi craignez-vous déjà qu' ils ne soient écoutés ?
Joignez-vous bien plutôt à mes voeux légitimes.
Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes.
Échauffez mes transports trop lents, trop retenus.
Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus.
1185
Sa fureur contre vous se répand en injures.
Votre bouche, dit-il, est pleine d' impostures.
Il soutient qu' Aricie a son coeur, a sa foi,
Qu' il l' aime.

P h è d r e .
Quoi Seigneur ?

T h é s é e .
Il l' a dit devant moi.
Mais je sais rejeter un frivole artifice.
1190
Espérons de Neptune une prompte justice.
Je vais moi-même encore au pied de ses Autels
Le presser d' accomplir ses serments immortels.


S c n e   V .

P h è d r e ,  seule.
Il sort. Quelle nouvelle a frappé mon oreille ?
Quel feu mal étouffé dans mon coeur se réveille ?
1195
Quel coup de foudre, ô Ciel ! et quel funeste avis !
Je volois toute entière au secours de son Fils :
Et m' arrachant des bras d' Oenone épouvantée
Je cédois au remords dont j' étois tourmentée.
Qui sait même où m' alloit porter ce repentir ?
1200
Peut-être à m' accuser j' aurois pu consentir,
Peut-être, si la voix ne m' eût été coupée,
L' affreuse Vérité me seroit échappée.
Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi !
Aricie a son coeur ! Aricie a sa foi !
1205
Ah Dieux ! Lorsqu' à mes voeux l' Ingrat inexorable
S' armoit d' un oeil si fier, d' un front si redoutable,
Je pensois qu' à l' amour son coeur toujours fermé
Fût contre tout mon sexe également armé.
Une autre cependant a fléchi son audace.
1210
Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce.
Peut-être a-t-il un coeur facile à s' attendrir.
Je suis le seul objet qu' il ne sauroit souffrir.
Et je me chargerois du soin de le défendre ?


S c n e   V I .
Phèdre, Oenone.


P h è d r e .
Chère Oenone, sais-tu ce que je viens d' apprendre ?

O e n o n e .
1215
Non. Mais je viens tremblante, à ne vous point mentir.
J' ai pâli du dessein qui vous a fait sortir.
J' ai craint une fureur à vous-même fatale.

P h è d r e .
Oenone, qui l' eût cru ? J' avois une Rivale.

O e n o n e .
Comment ?

P h è d r e .
Hippolyte aime, et je n' en puis douter.
1220
Ce farouche Ennemi qu' on ne pouvoit dompter,
Qu' offensoit le respect, qu' importunoit la plainte,
Ce Tigre, que jamais je n' abordai sans crainte,
Soumis, apprivoisé, reconnoît un Vainqueur.
Aricie a trouvé le chemin de son coeur.

O e n o n e .
1225
Aricie ?

P h è d r e .
Ah douleur non encore éprouvée !
À quel nouveau tourment je me suis réservée !
Tout ce que j' ai souffert, mes craintes, mes transports,
La fureur de mes feux, l' horreur de mes remords,
Et d' un refus cruel l' insupportable injure
1230
N' étoit qu' un foible essai du tourment que j' endure.
Ils s' aiment ! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux ?
Comment se sont-ils vus ? Depuis quand ? Dans quels lieux ?
Tu le savois. Pourquoi me laissois-tu séduire ?
De leur furtive ardeur ne pouvois-tu m' instruire ?
1235
Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ?
Dans le fond des forêts alloient-ils se cacher ?
Hélas ! Ils se voyoient avec pleine licence.
Le Ciel de leurs soupirs approuvoit l' innocence.
Ils suivoient sans remords leur penchant amoureux.
1240
Tous les jours se levoient clairs et sereins pour eux.
Et moi, triste rebut de la Nature entière,
Je me cachois au jour, je fuyois la lumière.
La Mort est le seul Dieu que j' osois implorer.
J' attendois le moment où j' allois expirer,
1245
Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée.
Encor dans mon malheur de trop près observée,
Je n' osois dans mes pleurs me noyer à loisir,
Je goûtois en tremblant ce funeste plaisir.
Et sous un front serein déguisant mes alarmes,
1250
Il falloit bien souvent me priver de mes larmes.

O e n o n e .
Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours ?
Ils ne se verront plus.

P h è d r e .
Ils s' aimeront toujours.
Au moment que je parle, ah mortelle pensée !
Ils bravent la fureur d' une Amante insensée.
1255
Malgré ce même exil qui va les écarter,
Ils font mille serments de ne se point quitter.
Non, je ne puis souffrir un bonheur qui m' outrage,
Oenone. Prends pitié de ma jalouse rage.
Il faut perdre Aricie. Il faut de mon Époux
1260
Contre un sang odieux réveiller le courroux.
Qu' il ne se borne pas à des peines légères.
Le crime de la Soeur passe celui des Frères.
Dans mes jaloux transports je le veux implorer.
     Que fais-je ? Où ma raison se va-t-elle égarer ?
1265
Moi jalouse ! Et Thésée est celui que j' implore !
Mon Époux est vivant, et moi je brûle encore !
Pour qui ? Quel est le coeur où prétendent mes voeux ?
Chaque mot sur mon front fait dresser mes cheveux.
Mes crimes désormais ont comblé la mesure.
1270
Je respire à la fois l' inceste et l' imposture.
Mes homicides mains promptes à me venger,
Dans le sang innocent brûlent de se plonger.
Misérable ! Et je vis ? Et je soutiens la vue
De ce sacré Soleil dont je suis descendue ?
1275
J' ai pour Aïeul le Père et le Maître des Dieux ;
Le Ciel, tout l' Univers est plein de mes Aïeux.
Où me cacher ? Fuyons dans la Nuit infernale.
Mais que dis-je ? Mon Père y tient l' Urne fatale.
Le Sort, dit-on, l' a mise en ses sévères mains.
1280
Minos juge aux Enfers tous les pâles Humains.
Ah ! combien frémira son Ombre épouvantée,
Lorsqu' il verra sa Fille à ses yeux présentée,
Contrainte d' avouer tant de forfaits divers,
Et des crimes peut-être inconnus aux Enfers ?
1285
Que diras-tu, mon Père, à ce spectacle horrible ?
Je crois voir de ta main tomber l' Urne terrible,
Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau,
Toi-même de ton Sang devenir le Bourreau.
Pardonne. Un Dieu cruel a perdu ta Famille.
1290
Reconnois sa vengeance aux fureurs de ta Fille.
Hélas ! Du crime affreux dont la honte me suit,
Jamais mon triste coeur n' a recueilli le fruit.
Jusqu' au dernier soupir de malheurs poursuivie,
Je rends dans les tourments une pénible vie.

O e n o n e .
1295
Hé ! repoussez, Madame, une injuste terreur.
Regardez d' un autre oeil une excusable erreur.
Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée.
Par un charme fatal vous fûtes entraînée.
Est-ce donc un prodige inouï parmi nous ?
1300
L' amour n' a-t-il encor triomphé que de vous ?
La foiblesse aux Humains n' est que trop naturelle.
Mortelle subissez le sort d' une Mortelle.
Vous vous plaignez d' un joug imposé dès longtemps.
Les Dieux même, les Dieux, de l' Olympe habitants,
1305
Qui d' un bruit si terrible épouvantent les crimes,
Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.

P h è d r e .
Qu' entends-je ? Quels conseils ose-t-on me donner ?
Ainsi donc jusqu' au bout tu veux m' empoisonner,
Malheureuse ? Voilà comme tu m' as perdue.
1310
Au jour que je fuyois c' est toi qui m' as rendue.
Tes prières m' ont fait oublier mon devoir.
J' évitois Hippolyte, et tu me l' as fait voir.
De quoi te chargeois-tu ? Pourquoi ta bouche impie
A-t-elle en l' accusant osé noircir sa vie ?
1315
Il en mourra peut-être, et d' un Père insensé
Le sacrilége voeu peut-être est exaucé.
Je ne t' écoute plus. Va-t' en, Monstre exécrable.
Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable.
Puisse le juste Ciel dignement te payer.
1320
Et puisse ton supplice à jamais effrayer
Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses,
Des Princes malheureux nourrissent les foiblesses,
Les poussent au penchant où leur coeur est enclin,
Et leur osent du Crime aplanir le chemin ;
1325
Détestables Flatteurs, Présent le plus funeste
Que puisse faire aux Rois la colère céleste !

O e n o n e ,  seule.
Ah Dieux ! Pour la servir j' ai tout fait, tout quitté.
Et j' en reçois ce prix ? Je l' ai bien mérité.

Fin du quatrième Acte.

 
 
 
 
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