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B  I  B  L  I  O  T  H  E  C  A    A  U  G  U  S  T  A  N  A

 

 

 

 
Charles Perrault
Le Siècle de Louis le Grand
 


 






 




L e   S i è c l e
d e   L o u i s   l e   G r a n d

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La belle antiquité fut toujours vénérable
Mais je ne crus jamais qu'elle fût adorable.
Je vois les anciens, sans plier les genoux,
Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous.
Et l'on peut comparer sans craindre d'être injuste,
Le siècle de Louis au beau siècle d'Auguste.

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Donc quel haut rang d'honneur ne devront point tenir
Dans les fastes sacrés des siècles avenir,
Lcs Régnier, les Maynard, les Gombauld, les Malherbe,
Les Godeau, les Racan, dont les écrits superbes,
En sortant de leur veine et dès qu'ils furent nés,
D'un laurier immortel se virent couronnés,
Combien seront chéris par les races futures,
Les galants Sarasin, et les tendres Voiture,
Les Molière naïfs, les Rotrou, les Tristan,
Et cent autres encore délices de leur temps:
Mais quel sera le sort du célèbre Corneille,
Du théâtre français l'honneur et la merveille,
Qui sut si bien mêler aux grands événements,
L'héroïque beauté des nobles sentiments?
Qui des peuples pressés vit cent fois l'affluence,
Par de longs cris de joie honorer sa présence,
Et les plus sages rois de sa veine charmés,
Ecouter les héros qu'il avait animés.
De ces rares auteurs, au temple de mémoire,
On ne peut concevoir quelle sera la gloire,
Lorsqu'insensiblement consacrant leurs écrits,
Le temps aura pour eux gagné tous les esprits;
Et par ce haut relief qu'il donne à toute chose,
Amené le moment de leur apothéose.

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A former les esprits comme à former les corps,
La nature en tout temps fait les mêmes efforts,
Son être est immuable, et cette force aisée
Dont elle produit tout, ne s'est point épuisée:
Jamais l'astre du jour qu'aujourd'hui nous voyons,
N'eut le front couronné de plus brillants rayons,
Jamais dans le printemps les roses empourprées
D'un plus vif incarnat ne furent colorées:
Non moins blanc qu'autrefois brille dans nos jardins
L'éblouissant émail des lis et des jasmins,
Et dans le siècle d'or la tendre Philomèle,
Qui charmait nos aïeux de sa chanson nouvelle,
N'avait rien de plus doux que celle dont la voix
Réveille les échos qui dorment dans nos bois:
De cette même main les forces infinies
Produisent en tout temps de semblables génies.

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